Témoignages
D’anciens Prisonniers de Guerre.
Albert LAHERTE (mon grand-père)
Qui a tenu un cahier d’écolier au jour le jour, voici un extrait :
28 Juin 1940, prisonnier depuis le 22 et emmené en marche forcée vers le camp de rassemblement de Toul Nord:
Jusqu’au 2 juillet, rien à signaler. La vie s’écoule trop lentement pour nous. Il y en a qui joue au bouchon, on passe son temps comme on peut et souvent c’est le cafard. La faim commence à tirailler et aux rassemblements, il y en a qui tombent. On mange toujours nouilles, macaronis, mais la faim nous oblige. Les poux ont fait leur apparition et tous les jours la chasse.
Le 17 juillet, nous commençons à être nourris par les Allemands. Les stocks ramassés par eux sont épuisés, aussi la ration est diminuée de près de moitié. On a pour faire un repas par jour. Une fois, nous avons eu une mauvaise soupe et 8 pruneaux pour la journée. Avec cela, on pouvait bien dormir, nous n’avions pas l’estomac chargé ! On touche une boule de pain pour 4 par jour. On est toujours à l’affut des tuyaux qui sont toujours crevés.
Les jours se succèdent comme les précédents. Déjà 1 mois que nous sommes pris et toujours la même situation, le cafard progresse.
Crédit photos et texte de Jacqueline Contenot, petite fille d’Albert Laherte
François GALISSON (Mon père)
Qui a confié ses récits sur des cahiers à l’emblème de Pétain et raconte son arrivée au stalag IX A le 31 juillet 1940 après un transfert en wagon à bestiaux de Baccarat à Ziegenhain.
« Un interprète qui était déjà là nous dit : Vous allez être fouillés. Cachez si vous pouvez votre argent, couteau, rasoir… Pour le reste vous n’y pouvez rien… Vous serez immatriculés et envoyés travailler à n’importe quoi… Nous fumes là trois semaines à tourner alentour de cette cage maudite. L’effort demandé était juste l’appel deux fois par jour… Nous avions un jus de je ne sais quoi le matin, une soupe et un bout de pain avec margarine ou marmelade toutes les 24 et même parfois 36 heures… Ces semaines passées ici ont été pour moi et les autres des plus misérables de ma vie tant physiquement que moralement… Mon corps était d’une extrême maigreur couvert de poux, la peau jaune… On se voyait aller rapidement à la chute totale…
Toute une foule pensive, désorientée, attristée, abattue, découragée, épuisée, plaintive , abrutie ! le choc de la défaite, les débuts de la captivité, la souffrance… on pouvait lire dans tous les cœurs la même chose… Travailler pour son ennemi, nous sommes réduits à zéro !
Plus tard le 13 janvier 1944 il écrira dans un courrier à sa soeur:
« Les petites nièces ne doivent pas me connaître… notre bonjour serait celui de 2 étrangers.. Vous comprenez que ces longues épreuves qui semblent interminables qui touchent en notre patrie, les familles et ici, en exil, les victimes expatriés de la défaite, font tout l’objet d’un mal moral qui alourdit profondément le poids de la vie, pendant tous ces longs mois que je viens de passer le regard tourner vers la famille et mon pays que j’ai quitté. J’essaie de faire grandir en moi la patience et l’espoir…
Crédit photos et textes de Mylène Galisson Penhouet, fille de François Galisson
Henri CHARBONNIER (mon grand-père)
Lettre à sa femme Alice après 3 ans de captivité :
“Aujourd’hui, jour d’écriture pour le kommando. Au bruit qui règne ici d’ordinaire, succède le calme plein de pensées et d’amour qui est plein de vous toutes nos femmes nos mères nos fiancées qu’on aime et qui êtes si loin de nous ! Et la fin de l’année arrive avec son cortège accru de regrets et d’espoirs toujours déçus…Il est temps de vous envoyer, pour qu’ils arrivent à temps, des souhaits bien tristes de bonne année…pour la 3ème fois, et sera-ce la dernière ?”
Crédit texte et photos de Serge Simonet, petit fils de Henri Charbonnier
Paul CHENEVIER (mon père)
raconte son travail en usine d’armement:
« Nous travaillons douze heures par jour dans deux usines :
A l’usine 1, je débute au nettoyage des obus et je fais équipe avec Willy, un civil allemand, le type même de germanique : grand, lourd, massif, le crâne entièrement rasé, un brave homme au demeurant qui me laisse volontiers, chaque matin, une part de son casse-croûte. Les obus sont coulés au rythme de cent par jour. Il faut 7 minutes pour en nettoyer un.
Autant dire qu’il n’y a pas d’arrêt, sauf un petit quart d’heure le matin pour le casse-croûte. Le moulage de l’obus est nettoyé à la limaille de fer circulairement à l’aide d’un gros tuyau à air comprimé. Le civil Willy manie le tuyau et moi, j’alimente en limaille de fer.
Au bout de deux mois de ce travail, le conducteur du pont roulant est mobilisé et le contremaître de l’usine me désigne pour le remplacer. Je resterai à ce poste trois ans, trois longues années.…
C’est le contremaitre de l’usine qui dirige la manœuvre du pont roulant au-dessus des moules où les éclaboussures du métal incandescent sont fréquentes. Il faut manœuvrer la cuve avec beaucoup de précaution. Il y eut pendant ces trois années beaucoup d’accidents graves, des brûlures atroces. Deux allemands ont trouvé la mort au cours de ces coulées, l’un accidentellement, atrocement brulé et l’autre volontairement en se jetant dans la fosse où se trouvait le métal en fusion… Les cendres de son corps ont été coulées dans les obus. Je n’étais pas de faction cet après-midi-là, heureusement »
Prisonniers nettoyant des obus tout comme Paul Chenavier
Crédit photo ecpa-d images défense
Crédit texte et photo couverture de Nelly Quercia, fille de Paul Chenevier
Bernard RIVAIN (mon père)
Histoire de Bernard Rivain et d’Allemands bienveillants par son fils, Jean-Louis:
“Un jour de 1941 ou 1942, Liselotte Viering demande aux prisonniers qui travaillent devant chez elle à Kassel, si certains ne sont pas originaires d’Angers ou de la région. Ce n’était le cas d’aucun d’entre eux, mais ils en connaissaient un, un infirmier du nom de Bernard Rivain.
De ce jour là, et jusqu’à ce qu’il soit envoyé dans les Balkans en 1944, Fritz, le mari de Liselotte, chauffeur du commandant de la place d’Angers, apporta à Bernard Rivain des colis et des lettres lors de ses permissions.
Quand Bernard Rivain contracta la tuberculose, Liselotte allait le voir à l’hôpital et lui portait des gâteaux faits avec des produits dont toute la famille se privait pour lui.
Après la guerre, Bernard Rivain et la famille VIERING entretinrent une correspondance, mais ne purent se revoir. Bernard Rivain retomba malade, et s’il parvint à guérir de la tuberculose, il décéda d’une leucémie durant l’été 1959.
En 1961, Fritz et Liselotte vinrent à SEGRE (près d’Angers) avec leur seconde fille, Monika. En 1962, ce fut au tour de Madame Rivain et de ses trois enfants de leur rendre visite pour un premier séjour à KASSEL. A partir de ce moment, tous les ans un voyage se faisait, dans un sens ou dans l’autre.
Liselotte décédera en 1987 et Fritz l’année suivante. Les liens entre les deux familles se sont malheureusement quelque peu distendus depuis.”
Crédit texte de Jean-Louis Rivain, fils de Bernard Rivain
De leurs familles
- Courriers et transmissions orales
