Présentation de l'Exposition

Les commémorations relatives à la Seconde Guerre mondiale

Tous les ans, en France, nous commémorons fin janvier la libération d’Auschwitz, et, si cette tragique page d’histoire a été occultée pendant des décennies, il existe désormais, depuis 2005, le Mémorial de la Shoah à Paris pour symboliser et se souvenir de cette tragédie. Chaque dernier dimanche d’avril a eu lieu la journée du Souvenir des victimes de la déportation, parmi lesquelles figurent de nombreux résistants. Et de nombreux lieux de mémoire symbolisent aujourd’hui le souvenir de la résistance. Mais qui parle des prisonniers de guerre ? Dans les discours officiels, le mot Prisonnier est parfois prononcé, mais ça ne va pas plus loin.

Il n’existe pas en France un lieu symbolique pour rappeler ce que fut le sort de 1 850 000 prisonniers, 40% de l’armée française, capturés en seulement six semaines en mai-juin1940.

Ce fait majeur de la Seconde Guerre mondiale reste largement invisibilisé, inconnu du grand public, sans doute même plus en France qu’en Allemagne, où la population les voyait, les côtoyait, les faisait travailler, et où l’on trouve des lieux de mémoire, des stèles, sur les sites d’anciens Stalags ou Oflags.

Un devoir de mémoire

Par conséquent, alors qu’il n’y a plus de témoins vivants, que les descendants directs ne sont plus très jeunes non plus, il est plus que temps de faire revivre la mémoire des prisonniers de guerre.Descendants de prisonniers qui sont passés les Stalags du Wehrkreis IX, c’est-à-dire le District Militaire IX, nous avons la chance que, dans l’un des deux seuls Stalags existant encore en Allemagne, le Stalag IXA, un Mémorial et Musée ait été inauguré en 2003 dans l’ancien corps de grade. Ce Mémorial a contribué à mettre en relation plusieurs descendants venus visiter les lieux fréquentés par leurs parents, ce qui a conduit à la création de notre association en juin 2023 présidée par Paul Raveaud.

Paul Raveaud avait dès 2019 évoqué avec l’ancienne directrice du Mémorial, Karin Brandes, l’idée d’une exposition. Le COVID est passé par là, mettant un coup d’arrêt au projet, mais il a survécu. Et après en avoir dessiné les grandes lignes fin 2022 et début 2023, c’est fin 2023 que le projet a véritablement été lancé avec le Mémorial, et son nouveau directeur, Sebastian Sakautski.

Pour évoquer ce fait majeur de la Seconde Guerre mondiale, nous nous sommes répartis les thèmes entre notre association et le Mémorial pour rédiger les textes, rechercher des illustrations. Notre association travaillant à partir des archives familiales, lettres, photos, pour illustrer les propos, le Mémorial à partir de ses propres archives.

Ce travail en commun a été très enrichissant. La construction de cette exposition bilingue a mis en lumière l’importance de nos cultures respectives pour raconter une même histoire. À titre d’exemple, la formule Drôle de guerre est intraduisible en allemand. Et en Allemagne, on parle de l’offensive occidentale pour évoquer ce que nous appelons plutôt l’invasion du 10 mai 1940. Il nous a donc fallu abandonner parfois la traduction mot à mot systématique pour ne conserver que le sens général du récit.

Pour cette exposition, nous avons retenu l’angle de la vie quotidienne des prisonniers. Nous avons souhaité parler de leur nourriture, de la faim (surtout au début et à la fin de la captivité), de leur santé, de leurs conditions de travail, des sentiments qui les traversaient, celui notamment de ne jamais en voir la fin, des relations maintenues tant bien que mal avec leurs familles à travers les lettres, ce qui induira néanmoins un décalage entre l’imaginaire qu’ils s’étaient ainsi forgé et la réalité qu’ils découvriront à leur retour.

Nous avons souhaité parler également de la vie culturelle et intellectuelle, ainsi que de leurs actes de résistance, soit en s’évadant, soit en ralentissant le travail ou en le sabotant, conduisant certains vers le camp disciplinaire de Rawa Ruska qui n’avait pas grand-chose à envier à un camp de concentration, certains se retrouvant même à Buchenwald.

Et puis enfin, comme une note d’espoir, nous terminons cette exposition par de belles histoires, qui perdurent aujourd’hui, entre des descendants d’anciens prisonniers, d’une part, et ceux de leurs anciens employeurs en Allemagne, d’autre part.

Nous avons voulu cette exposition itinérante et gratuite afin de toucher le maximum de personnes en Allemagne et en France, pour aller notamment à la rencontre des collèges et des lycées où se trouvent aujourd’hui les passeurs de mémoire de demain.

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